• Claire

#6 Dans la jungle de nuit !



Jeudi 18 novembre 2021

Les premiers kilomètres

Tout excités d’avoir enfin la possibilité de nous déplacer comme bon nous semble, nous décidons de nous diriger vers un camping non loin de Véracruz histoire de ranger nos affaires et de faire « la mise en route » sauf que rien ne se passe comme prévu.


Nous sortons de la zone portuaire de Véracruz et découvrons l'autre partie de la ville très touristique, plutôt riche, et très bétonnisée.


Déjà, nous nous arrêtons dans un supermarché pour faire quelques courses étant donné que nous avions absolument vidé tout ce qui était alimentaire pour le shipping. Nous cherchons ensuite un endroit pour acheter des cartouches pour notre réchaud et là c’est une tout autre histoire ! Il semblerait que les Mexicains ne soient pas férus de camping donc les magasins spécialisés ne courent pas les rues. Nous sommes prêts à acheter un autre réchaud mais même ça c’est introuvable. Je sens que je ne pourrai pas encore cuisiner ce soir hélas !


Nous voulions également faire le plein d’eau mais nous devons monter le « tank03 » (système de générateur d' ozone qui purifie l’eau et la cuve) du coup on va attendre pour l’eau aussi. Nous achetons donc des bonbonnes énormes d’eau potable qui nous prennent beaucoup de place dans le camion mais nous ne pouvons pas faire autrement si on veut boire, se laver et faire la vaisselle.

Avec tout ça il est déjà 16h30 et la nuit ne va pas tarder à tomber. Nous cessons là nos recherches de cartouches de gaz et nous nous rendons au camping Coco aventure que Seabridge nous avait recommandé.

Nous roulons un petit quart d’heure, nous prenons un chemin de terre étroit durant 700 mètres. Pendant que Cyril installe Bumblebee nous faisons un petit tour avec Alexandre. Nous visitons les sanitaires. Comment dire… Ils sont rustiques. Je m’imagine bien y faire des rencontres insolites de type rampant si je m’y aventure la nuit… Bon, il faut que l’on s’adapte après toutes ces nuits d’hôtels je pense que l’on a pris de trop bonnes habitudes ! Il n’y a personne, c’est un peu trop calme à mon goût. La mer gronde derrière quelques barrières de bambou, je pense qu’une tempête se prépare. Il y a un grand camping-car américain juste à côté mais pas une âme qui vive...


Nous découvrons une piscine immense et profonde, très propre qui nous fait vraiment très envie mais il va vite faire nuit et il n’y a aucune lumière.


Nous revenons vers le camion et Cyril est en grande conversation avec ce que je pense être le gardien. Il nous allège de 600 pesos pour la nuit, c’est énorme ! Surtout que demain nous voulons lever le camp au petit matin, 24 euros pour 12 heures c’est vraiment exagéré !

On charrie les bonbonnes d’eau vers le poste de conduite et tout le bazar qui s’est installé en moins de temps qu’il faut pour le dire ! Ce soir, pas de bon petit repas concocté par mes soins puisque nous n’avons pas de gaz… La joie et l’enthousiasme retombe un peu je dois l’avouer. Nous nous contentons de grignoter et de manger un ananas somme toute délicieux. Je fais les lits et nous nous couchons fatigués de cette journée un peu spéciale !



Vendredi 19 novembre 2021

Premiers frissons !

Notre nuit à 2 euros l’heure a été agitée, le vent que dis-je la tempête nous a secoué toute la nuit. La chaleur (29° dans le camion) les 97% d’humidité nous font regretter la climatisation de notre petite chambre d’hôtel. On va bien sûr s’y habituer mais d’un coup d’un seul c’est un peu difficile. Alexandre et moi restons gentiment dans l’axe du ventilateur que l’on vénère depuis hier soir ! Bien entendu, pas de petit déjeuner, puisque sans gaz pas de café ! Et un Cyril sans café c’est pas bon du tout ! Il peut mordre l’animal !




Pas question de profiter de la belle piscine avant de partir puisqu’il pleut et que le vent qui souffle n’a vraiment rien à envier à notre belle tramontane. Dommage ! Pendant que Cyril rentre les slides, on se balade un peu avec Alexandre sur le chemin, nous allons voir des chevaux qui sont attachés à des piquets. Soudain, un mexicain déboule sur un cheval qu’il monte à cru, à toute allure. Nous nous poussons sur le côté et le mexicain nous évite de justesse. Il ne maîtrise pas trop sa bête qui n’en fait qu’à sa tête. En fait, je pense que le cheval ne voulait pas se faire attacher au piquet tout simplement.

Cyril nous appelle. Nous décidons de continuer nos recherches pour trouver des bouteilles de gaz pour notre réchaud puis nous mettrons le cap sur un spot en pleine jungle. Oui ! On s’immerge direct ! On est comme ça nous les Catavantours ;-)

Je crois que nous avons fait pas loin de 10 magasins !! Et bien sûr ils n’étaient pas à côté les uns des autres loin de là. Certains étaient des hypermarchés immenses, nous avons découverts également les fameux Walmart, les seuls magasins où on peut acheter son pain et un jeu de pneus en passant par un scooter ou des médicaments et même on peut y avoir une consultation médicale, bon… C’est bien joli tout ça mais il n’y avait pas de cartouches de gaz hélas ! Alexandre en a vraiment marre de traîner dans les rayons des magasins et on a beau lui expliquer je crois qu’il a un doute sur notre santé mentale à ce stade ;-)

Nous demandons alors à une énième caissière et celle-ci nous indique un magasin spécialisé dans des articles pour la maison « Sodimac ». Allez, on croise les doigts. Nous y allons et c’est satisfait et heureux que nous sortons de là !! Enfin, une bonne chose de faite ! Nous avons quelques cartouches d’avance (nous avons vidé le rayon). Evidemment, nous en avons profité pour faire quelques courses alimentaires et j’ai acheté un poulet rôti et du riz au dernier Walmart visité qui nous embaume le camion.

Les choses sérieuses commencent alors. Nous prenons la route pour la jungle de Catemaco en bordure du lac de Nanciyaga vers 16 heures. C’est un point vu sur Ioverlander qui promet de nous en mettre plein la vue. La baignade dans ce lac est interdite car il y a des crocodiles. Espérons qu’on aura la chance d’en apercevoir un ! Le spot est au beau milieu de la jungle et c’est aussi un bon observatoire pour observer toutes sortes d’oiseaux.

Nous roulons quelques kilomètres et les vendeurs ambulants sur le bord des routes proposant des poches pleines de crevettes conservées dans de la glace pilée attestent que nous sommes toujours en bord de mer. Ils s’installent près des topes (sorte de gendarmes couchés très prononcés qui nécessitent un passage en 1ère au risque de tout casser). Ainsi ils peuvent tranquillement proposer leurs marchandises aux automobilistes.

Je traversons quelques villages très pauvres mais les gens que l'on croise sont toujours souriants. Il y a parfois sur le côté de la route des fabricants de pierres tombales toutes les unes plus colorées que les autres. Leurs toutes petite tailles me laisse songeuse...




Le mauvais temps que l’on avait au camping ne se calme pas bien au contraire. La pluie et le vent nous accompagnent tout au long de la route. Avec parfois en bonus un peu de brouillard.

Nous nous éloignons à présent de la côte. Là s’étend à perte de vue un paysage vallonné, très vert et une lagune où on peut voir de nombreux troupeaux de vaches et de chevaux qui paissent tranquillement, parfois leur pattes immergées jusqu’à mi jarrets.

Soudain une forte odeur de purin nous prend à la gorge. Tout en fermant les fenêtres nous sommes abasourdis par ce que nous voyons. Des bovins sur trois ou quatre kilomètres se battent pour survivre à l’horreur. Décharnées, ces bêtes contraintes de vivre dans leurs excréments, semblent être en très mauvaise santé. Cette ferme semble être un élevage intensif mais je me demande comment ses bêtes si maigres rapportent quelques pesos aux éleveurs ! Je me promets de ne jamais acheter de bœuf au Mexique !

Le temps est toujours aussi mauvais et nous nous enfonçons dans une végétation plus exotique et surtout bien plus dense. Le brouillard se fait plus épais par endroit et nous observons un paysage fantastique digne de Jurassic Parc ! Nous traversons plusieurs villages.




Nous traversons Santiago Tuxla...




La route est mauvaise. Il y a beaucoup de trous béants dans l’asphalte et Cyril reste concentré pour éviter à Bumbleble de trop souffrir. Entre les topes, les trous, la pluie et le brouillard et la nuit qui tombe, j’avoue que la conduite est dangereuse. Il nous reste encore une bonne heure de route. Nous savons qu’il ne faut pas rouler de nuit, mais dans ces cas-là, que faire ? S’arrêter n’importe où au hasard est sûrement aussi dangereux.

Nous arrivons enfin à la ville de Catemaco, connue pour être le berceau des sorciers, elle est située à 340 mètres d’altitude, son nom signifie maisons brûlées, probablement à cause des effets de l’éruption du volcan San Martin. Nous apprendrons à nos dépends qu’il y pleut presque toute l’année ce qui explique la végétation exubérante de la région et aussi l’état des routes…


En parlant de routes atypiques, en voici un exemple :


Il reste encore 6 kms à parcourir avant d’arriver à notre spot. Mais quels 6 kms !! La visibilité est très difficile lorsqu’on croise un autre véhicule, Cyril évite les trous au dernier moment. Dès que nous sommes seuls, il allume la rampe led et là nous voyons comme en plein jour ! Voilà un accessoire très utile ! Nous apercevons un panneau en bois indiquant « la jungle » avec une flèche devant un chemin plutôt étroit … On hésite puis on s’enfonce peu à peu dans la jungle, Alexandre est aux anges ! Pensez ! Ce que la rampe led éclaire est juste époustouflant ! Nous sommes au cœur de la jungle de tuxtlas avec ses arbres gigantesques qui peuvent atteindre jusqu’à 40 mètres de haut et dont les racines sont tellement impressionnantes de par leurs tailles et leurs formes. Des lianes caressent nos panneaux solaires, on passe tout juste en hauteur et la largeur tout pile, autant vous dire que j’attends avec impatience d’arriver car en pleine nuit, c’est un tantinet angoissant. Il fait nuit noire et nous voilà devant la croisée de deux chemins sans indication. Cyril s’engage sur celui de droite en espérant qu’il s’agit bien de notre route. Nous trouvons plutôt étonnant qu’il n’y ait pas plus d’indications…


Nous roulons au pas car la piste est très mauvaise, de plus d’énormes flaques d’eau nous empêchent d’évaluer la hauteur des trous.


Nous entrons de plain pied dans l’aventure, la vraie, nous n’avons pas perdu de temps !

Au bout d’environ un quart d’heure (et ça peut être très long un quart d’heure !) nous apercevons une lumière… Oui ! Nous sommes arrivés !


La pluie redouble d’intensité. Je descends du camion, pas très fière… en tongs !! Je découvre une espèce de préau avec des tables et des chaises de ce qui devrait être un bar restaurant et au milieu des tables, une tente. En sors, une dame qui s’adresse à moi en Anglais. Elle m’explique qu’il faut continuer la piste puis tourner à droite et klaxonner pour réveiller le gardien qui habite sur place. Nous nous exécutons. Je pense qu’elle s’est installée à l'abri de la pluie sous le toit.

Effectivement le gardien apparaît, un grand sourire au lèvre, il nous souhaite la bienvenue dans la jungle et nous demande de nous installer tranquillement où on voulait. Il nous dit être désolé du temps qu’il fait ce qui nous fait sourire, comme s’il y pouvait quelque chose ! Le terrain est détrempé, il y a des flaques énormes partout sur le terrain. Cyril brave la pluie et ouvre les slides. Il pleut tellement que nous passons Alexandre et moi directement depuis l’habitacle jusque dans la cellule, autant vous dire que nous avons fait un peu de gymnastique ! Mais nous y sommes arrivés ! Ceci est aussi utile à savoir qu’en cas d’extrême urgence on peut directement passer devant sans sortir dehors…

Nous ne sommes toujours pas rechargés en eau, nous avons encore nos bonbonnes qui traînent dans le camion et les sacs de courses que l’on a fait dans la journée. On s’organise, on fait un peu de rangement et on arrive enfin à se poser tous les trois devant notre beau poulet rôti qui nous a nargué durant tout le trajet ! Notre repas unique de la journée était délicieux et après un brin de toilette nous regagnons respectivement nos lits. La pluie qui tombe dru fait un bruit assourdissant sur le camion et nous ne pouvons pas entendre les bruits de la jungle, dommage… Nous finissons quand même par nous endormir.

Je me réveille en sursaut vers 2 heures du matin. Il pleut toujours. Je sens que mon oreiller est mouillé. Alerte générale !! Y’a une fuite sous la baie ! Je colmate, le mal est fait donc rien ne sert de paniquer. Je fais un tour dans le camion au cas où, tout va bien. On réglera le problème demain… Ou pas ;-)

Samedi 20 novembre 2021

Plutôt déçue

Nous nous réveillons sous la pluie encore et toujours… Mais le moral est bon, en plus, Cyril ce matin va pouvoir boire son café et nous allons pouvoir déjeuner : C’est le grand luxe.

Cyril est dehors avec Paco. Il joue avec les deux gardiens des lieux : Deux beaux bergers allemands ! Il est trempé jusqu’aux os. Heureusement nous sommes équipés et je l’enveloppe dans sa serviette, il adore ça ! Par contre, la boue noire sous ses pattes pourrie totalement la serviette. Du coup, je la pose sur le paillasson en guise d’essuie pied supplémentaire.


Je fais un point sur la fuite au niveau de la tête de mon lit et le diagnostic n’est pas bon, mon matelas a aussi pris ! Comment faire pour sécher un bout de matelas alors qu’il pleut et que le taux d’humidité avoisine les 97 % ? Comme j’ai plus d’un tour dans mon sac, je le surélève et mets le ventilateur devant. C'est formidable je viens de créer une magnifique œuvre d’art éphémère !

Il faut se rendre à l'évidence que l'emploi du temps de la journée va être fun. Je suis un peu déçue car je voulais observer les oiseaux et faire à minima une petite randonnée autour de ce lac si mythique.


Il y a des milliers d'années, diverses éruptions volcaniques ont bloqué la vallée, créant un lac à 340 mètres d'altitude. Il y a plusieurs îles volcaniques dans le lac. Plusieurs de ces îles sont peuplées de singes indigènes et importés dans le cadre d'un projet de recherche de l'Université de Veracruz. Cela a conduit plus de 70 petits bateaux à précipiter les touristes de la ville de Catemaco à travers le lac pour voir les singes en liberté. D'autres îles intéressantes sont Isla Agaltepec où l'Université de Veracruz mène des recherches sur les singes hurleurs et Isla de las Garzas. Ce lac a été la toile de fond pour des films, y compris Sean Connery de Medicine Man.



Je prépare à manger dans le camion qui devient très vite une étuve. Comme il pleut je ne peux pas ouvrir n’importe quelle fenêtre. Dès qu’il y a une accalmie nous ouvrons tout en grand. Il y avait longtemps que nous n’avions pas mangé à l’heure, en même temps quand il n’y a que ça à faire ;-)

Soudain le ciel s’éclaircit et nous avons même un semblant de soleil. Nous en profitons aussitôt pour faire un tour et découvrir les lieux. Pas le choix par contre, nous sortons les chaussures de randonnée pour pouvoir marcher au sec.








C’est magnifique ! Il y a plusieurs piscines ou plutôt appelons ça des bassins bétonnés qui s’intègrent parfaitement autour de cette végétation luxuriante. Il y a un restaurant juste abrité d’un toit, l’endroit est propice à la relaxation. Les propriétaires louent des cabanes rustiques donnant directement sur le lac.


Alexandre en profite pour se baigner. Un garçon d’une dizaine d'années qui vit ici lui fait voir comment attraper le triangle au-dessus de l’eau pour se jeter ensuite. Après plusieurs tentatives, il y parvient et il est fier, le petit garçon est ravi. Pas besoin de traducteur pour ces deux-là, ils se sont compris !

Hélas l’accalmie n’était que de courte durée et la pluie reprend. Alexandre se met à l’abri et, très philosophe, attend que ça passe.


Un peu plus tard nous nous rendons dans le bâtiment des sanitaires. Il est très rustique mais une douche chaude est plus que bienvenue. Alors qu’Alexandre se douche, il aperçoit un genre de petite salamandre sur la paroi et se met à crier, Cyril vient à sa rescousse et guide la bestiole vers la sortie non sans mal car la bestiole saute, puis apparaît sur le sol une espèce de fourmi géante volante pas très sympathique. On écourte alors la séance de découverte du monde des insectes pour ne pas le dégoûter. Je lui remets ses chaussures de marche (pour faire 10 mètres), le sol est gorgé d’eau. Arrivés au camion on essuie les semelles sur la serviette de Paco et c’est de pire en pire, la serviette est noire de boue, on essuie Paco avec une autre serviette qui à son tour devient noire. Si ça dure comme ça, le camion va vite être pourri !


Nous décidons de partir demain sans même avoir exploré la région mais nous sommes quand même très contents d'avoir découvert la jungle. Soudain, nous entendons des cris d'oiseaux se rapprochant du cri du tyrannosaure (on exagère à peine...), enfin ! Une récompense... Un couple de deux Guacamayas se baladent dans les arbres au dessus du camion ! Nous prenons vite quelques photos pour immortaliser ce moment. En même temps, il aperçoit un gros nid d'insecte fabriqué par les mêmes bestioles vues dans la douche, bah, si on ne les embête pas elles nous laisseront tranquilles !



C’est en direction d’Isla Aguada que nous partirons demain. Mais ça… C’est une autre histoire !



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